La procrastination n’est pas un manque de volonté
Vous savez ce que vous devez faire. Vous savez même que le faire vous soulagerait. Pourtant, vous ouvrez une autre fenêtre, vous rangez quelque chose, vous répondez à un message ou vous décidez de commencer demain.
C’est la procrastination : remettre volontairement une action à plus tard, tout en sachant que ce retard risque de vous coûter quelque chose. Le mot important n’est pas « plus tard ». C’est le décalage entre ce que vous aviez prévu de faire et ce que vous faites réellement.
Procrastiner ne signifie donc pas forcément être paresseux, désorganisé ou incapable de travailler. La recherche décrit plutôt un arbitrage très court : éviter maintenant une tâche désagréable, au prix d’un problème plus grand ensuite. Le soulagement est immédiat. La facture arrive plus tard.
Pourquoi est-ce que vous procrastinez ?
La tâche provoque une émotion que vous préférez éviter
Une tâche peut être ennuyeuse. Elle peut aussi être floue, risquée, exposée au jugement ou liée à une décision difficile. Dans ces cas, ce n’est pas seulement l’action que vous repoussez. C’est ce que vous risquez de ressentir en la faisant.
Un devis à envoyer peut rappeler la peur d’être refusé. Un texte à terminer peut ouvrir la peur de ne pas être à la hauteur. Une décision peut fermer d’autres possibilités. Répondre à un message peut obliger à dire non.
Vu de l’extérieur, tout cela ressemble à un problème d’organisation. Vu de l’intérieur, la tâche est surtout devenue une source d’inconfort.
La récompense est trop lointaine
La procrastination est plus probable quand le bénéfice de l’action est éloigné et que le confort du remplacement est immédiat. Regarder une vidéo apporte quelque chose maintenant. Finir une offre apportera peut-être une réponse dans plusieurs jours.
Ce décalage ne prouve pas que vous ne tenez pas à votre projet. Il explique simplement pourquoi une action importante peut perdre, pendant quelques minutes, contre une action plus facile.
Les travaux de Piers Steel décrivent la procrastination comme un problème de motivation qui dépend notamment de la valeur attendue, du délai, de l’impulsivité et de la probabilité perçue de réussir. Cela donne une piste utile : avant de chercher une méthode, il faut regarder ce que la tâche vous fait éviter.
La tâche est trop grande pour être commencée
« Travailler sur le site » n’est pas une action. C’est un territoire entier. La phrase contient peut-être dix décisions, trois recherches, une rédaction et une peur de choisir.
Quand la première étape n’est pas visible, on peut repousser toute la tâche. On ne manque pas nécessairement de motivation. On ne sait simplement pas quel geste faire en premier.
Vous confondez préparation et mouvement
Lire une méthode de plus, refaire la liste ou chercher le meilleur outil donne l’impression de préparer l’action. Parfois, c’est utile. Parfois, c’est une manière plus présentable de rester devant la tâche.
La question simple est la suivante : qu’est-ce qui existera dans le monde quand j’aurai terminé la prochaine étape ? Si la réponse est « une nouvelle liste », vous êtes peut-être encore dans la préparation.
Comment arrêter de procrastiner sans attendre la motivation
Il n’existe pas une astuce valable pour toutes les tâches. La bonne méthode dépend de ce que vous évitez. Mais quelques gestes permettent de rendre le début plus visible.
1. Nommer ce qui vous arrête
Prenez la tâche que vous repoussez. Ne cherchez pas encore à la résoudre. Complétez cette phrase :
« Je ne veux pas commencer parce que… »
La réponse peut être « c’est flou », « c’est ennuyeux », « je risque d’être jugé », « je ne sais pas si c’est la bonne décision » ou « je ne sais pas par où commencer ».
Une tâche floue ne se traite pas comme une tâche anxiogène. Une tâche trop longue ne se traite pas comme une tâche sans intérêt. Le premier mot vous indique déjà le bon levier.
2. Remplacer le projet par un geste observable
Ne notez pas « avancer sur mon projet ». Notez un geste que quelqu’un pourrait vous voir faire :
- ouvrir le document et écrire le titre ;
- retrouver le dernier devis envoyé ;
- rédiger les trois premières lignes ;
- choisir entre deux options ;
- envoyer une question précise à la personne concernée.
Le geste doit être assez petit pour être décrit sans employer le mot « avancer ». Vous ne cherchez pas à finir. Vous cherchez à rendre le début impossible à confondre avec une intention.
3. Décider à l’avance dans quelle situation vous commencerez
« Je le ferai demain » laisse trop de décisions ouvertes. Une formulation plus utile relie une situation à une action :
« Quand j’aurai terminé mon café demain matin, j’ouvre le document et j’écris le titre. »
Cette forme est appelée un plan « si-alors ». Une méta-analyse de Gollwitzer et Sheeran portant sur 94 tests a observé un effet positif de ces intentions de mise en œuvre sur le passage à l’action. Le plan ne supprime pas la difficulté. Il évite de devoir renégocier le début au moment où il faut commencer.
4. Diminuer le coût des cinq premières minutes
Préparez uniquement ce qui rend le premier geste plus facile : le document déjà ouvert, le téléphone hors de portée, les deux informations nécessaires sous les yeux.
Ne transformez pas cette préparation en nouveau projet. Elle doit prendre quelques minutes et laisser une trace réelle : un fichier ouvert, une phrase écrite, une question envoyée.
Vous pouvez aussi décider d’une durée courte. Dix minutes suffisent pour faire un essai. À la fin, vous pourrez continuer ou vous arrêter. Le but n’est pas de vous enfermer dans une séance parfaite. Le but est de sortir de l’attente.
5. Observer ce que vous faites réellement
Pendant une semaine, notez quatre choses : la tâche, le moment où vous l’avez repoussée, ce que vous avez fait à la place et ce que vous avez ressenti juste avant.
Vous verrez peut-être un motif. Certaines tâches sont toujours repoussées le soir. D’autres le sont juste avant d’être montrées. D’autres encore deviennent impossibles quand elles restent formulées comme un projet général.
Ce relevé ne sert pas à vous surveiller. Il sert à remplacer « je procrastine tout le temps » par une description plus exacte. Une description exacte donne une prise.
Pourquoi les méthodes anti-procrastination ne marchent pas toujours
Les listes, les applications, les minuteurs et les systèmes d’organisation peuvent aider. Ils ne répondent pas tous au même problème.
Si la tâche est floue, il faut la découper. Si elle est trop exposée, il faut peut-être commencer par une version privée. Si elle est liée à une décision, il faut définir le critère qui permettra de choisir. Si elle est simplement pénible, il faut réduire le coût du début et accepter qu’elle ne devienne pas passionnante.
Changer d’application ne règle pas une peur de montrer son travail. Ajouter une couleur à la liste ne rend pas une décision moins risquée. Une méthode n’est utile que si elle s’adresse au bon obstacle.
Procrastiner est-il toujours un problème ?
Non. Reporter une tâche peut être un choix. Vous pouvez décider de ne pas la faire, de la déléguer ou de la placer plus tard parce qu’une priorité a changé. Ce n’est pas de la procrastination si le retard est décidé et assumé.
La difficulté apparaît quand vous voulez faire quelque chose, que vous le repoussez régulièrement, et que ce décalage vous coûte du temps, de l’énergie ou des possibilités. Si ce fonctionnement devient très envahissant, s’accompagne d’une souffrance importante ou semble lié à une difficulté de santé, un professionnel qualifié pourra vous aider à l’examiner. Cet article ne pose aucun diagnostic.
Questions fréquentes sur la procrastination
Quelle est la différence entre procrastiner et manquer de motivation ?
Le manque de motivation décrit une envie faible ou absente. La procrastination désigne le fait de repousser une action prévue, souvent en la remplaçant par une activité plus immédiate. Les deux peuvent se recouvrir, mais ils ne désignent pas exactement la même chose.
Pourquoi est-ce que je procrastine seulement sur certaines tâches ?
Parce que les tâches ne demandent pas toutes le même effort émotionnel. Vous pouvez commencer facilement ce qui est clair, intéressant ou peu exposé, puis repousser ce qui implique une décision, un risque ou le regard d’une autre personne.
Faut-il se forcer à commencer ?
Se forcer n’est pas toujours la meilleure description. Il est souvent plus utile de réduire le premier geste jusqu’à ce qu’il soit possible malgré l’absence d’envie. L’action peut alors précéder la motivation, au lieu d’attendre qu’elle arrive.
Est-ce que procrastiner signifie être paresseux ?
Non. La paresse suppose que vous ne voulez pas faire la tâche. La procrastination peut arriver alors que vous voulez réellement la faire, mais que son coût immédiat paraît trop élevé.
Comment commencer aujourd’hui ?
Choisissez une seule tâche. Écrivez ce qui vous arrête. Puis définissez un geste visible qui prend moins de dix minutes. Faites-le maintenant, sans chercher à finir le projet entier.
À retenir
La procrastination n’est pas seulement un problème d’agenda. Elle apparaît souvent quand une tâche est floue, désagréable, trop exposée ou trop éloignée de sa récompense.
Pour commencer, ne cherchez pas à devenir une personne plus disciplinée. Cherchez ce que la tâche vous fait éviter. Nommez-le. Choisissez un geste précis. Décidez quand il aura lieu. Puis observez ce qui se passe.
Le mouvement ne commence pas toujours par l’envie. Parfois, l’envie revient après le premier geste.
Pour aller plus loin : recevez la lettre du soir de 18h18, une courte invitation à fermer la journée et à remettre un peu de mouvement là où tout est resté ouvert.
Recevez l’heure du retour à soi, chaque soir, à 18h18.
Sources
- Steel, P. (2007), The Nature of Procrastination: A Meta-Analytic and Theoretical Review of Quintessential Self-Regulatory Failure, Psychological Bulletin.
- Gollwitzer, P. M. et Sheeran, P. (2006), Implementation Intentions and Goal Achievement: A Meta-Analysis of Effects and Processes, Advances in Experimental Social Psychology.